SOMMAIRE
Il est urgent d’instaurer un moratoire sur tous les projets d’extension
Le Haut conseil pour le climat étrille les projets d’extension d’aéroports français
Alors que nous ressentons dans notre chair les effets du changement climatique et que de nombreux incendies ravagent la France, le Haut conseil pour le climat (HCC) vient de publier son rapport annuel, dans lequel il demande un moratoire sur les extensions d’aéroports, y compris Charles-de-Gaulle.

Le HCC avait déjà épinglé les projets d’extension d’aéroports dans son précédent rapport sur la Stratégie nationale bas carbone (SNBC3), mais jamais avec autant de clarté et en ciblant directement le projet d’extension de Roissy !
Lire le communiqué de presse de Rester sur Terre
Pour empêcher que les canicules et les incendies ne s’intensifient et fassent toujours plus de victimes chaque année, il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre : l’aérien doit faire sa part, en réduisant le trafic. Rester sur Terre, 12.03.26
Chapo : RST action à Roissy, photo Basile Barjon, 9.10.2025
Nous allons dans le mur !!!
Les décisions récentes du gouvernement vont à l’encontre de ce qu’il faudrait faire, qu’il s’agisse du logement ou de l’agriculture. Pourtant nous savons ce qu’il faut faire. Même si c’est difficile :
reconvertir notre économie, sortir des fossiles, électrifier les usages, convertir notre agriculture, prendre soin de la terre…
Un article de Stephane Foucart, LeMonde, à lire attentivement
Dominique Méda, 12.07.26 Linkedin
« Nous sommes coincés dans une dystopie climatique, un scénario de comédie noire, où le grotesque le dispute à la farce orwellienne »
Alors que les canicules se succèdent, le débat public ne relève souvent que du simple affichage. Les décisions récentes de l’exécutif – fonds vert amputé, passoires thermiques remises sur le marché… – témoignent du déni qui règne dans une large partie du monde politique, estime Stéphane Foucart, journaliste au service Planète, dans sa chronique.
LeMonde, Stephane Foucart, 13.07.26
Le Rapport annuel 2026 du Haut Conseil pour le Climat : un constat accablant pour le lobby aérien.
SYNTHÈSE
Le Haut conseil pour le climat (HCC) a publié son 8ème rapport annuel en juillet 2026. Son titre « DANGERS CLIMATIQUES : LA FRANCE FACE À SES RESPONSABILITÉS » donne le ton de l’urgence.
En France hexagonale, le réchauffement observé atteint 2,2 °C (en moyenne annuelle) entre 1900-1930 et 2016-2025. L’année 2025 est la quatrième année la plus chaude enregistrée depuis 1900 (+2,4 °C), derrière 2022, 2023 et 2020 et devant 2024. Si l’occurrence de températures dépassant 40 °C était extrêmement rare au XXe siècle dans l’hexagone, elles y sont enregistrées tous les ans ces dernières années.
Alors que la France a vécu deux canicules en mai et juin 2026, et des incendies d’une ampleur inédite et catastrophique en juillet, le HCC alerte sur l’urgence de changer d’échelle dans les politiques climatiques pour protéger la population française face au changement climatique et à la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles.
Parmi ses observations, celles concernant le secteur aérien sont accablantes : hausse incontrôlée des émissions, plans d’actions irréalistes, fiscalité insuffisante.
En effet, si les émissions du secteur des transports ont baissé pour la France de 1.9% entre 2024 et 2025, celles du secteur aérien sont les seules à avoir augmenté (+2.3% pour le national et +7.4% pour l’international). Le trafic international a augmenté de 4.7%, soit 3 fois plus que les objectifs de la Stratégie Nationale Bas Carbone jusqu’en 2030, mais encore moins vite que les émissions (+7,4 %).
Ces chiffres sont de plus nettement sous-évalués car « les émissions de CO2 ne représentent qu’une partie limitée, moins de la moitié, de l’impact sur le réchauffement climatique de l’aérien, avec notamment des traînées de condensation et des émissions de NOx ayant des effets de réchauffement au minimum au niveau des émissions de CO2 ».
Enfin, alors que le mandat européen fixait un objectif de 2 % d’incorporation de carburant d’aviation durable, la France n’en avait incorporé que 0,75 % en 2024.
Le HCC souligne ainsi que le trafic aérien continue d’augmenter plus vite que les objectifs fixés, mettant à risque la baisse d’émissions de tout le secteur des transports (déjà insuffisante) : « les émissions de l’aérien international dépassent le niveau pré-Covid et s’éloignent de la trajectoire visée. La croissance de ce secteur pose des questions en termes de sobriété, de disponibilité des ressources en biomasse, et de développements d’infrastructures ».
Notant que la réduction de la demande (sobriété dans les transports notamment) reste largement sous-exploitée, le HCC affirme que « rééquilibrer les politiques vers la demande est une nécessité, non une option ».
Ainsi, la seule recommandation ajoutée par rapport au précédent dans le rapport 2026 pour les transports concerne l’aviation : « adopter un moratoire sur l’augmentation des capacités des aéroports français, y compris l’aéroport Charles de Gaulle, afin de maîtriser la hausse du trafic aérien ».
Il affirme également que des choix de politiques publiques peuvent être fait pour maîtriser la dérive haussière des émissions de l’aviation : « étendre le périmètre de la tarification carbone sur les vols extra-européens, sur les effets non-CO2 et les vols en jets privés non couverts par l’ETS, encadrer les capacités aéroportuaires pour éviter de verrouiller de futures émissions supplémentaires. Afin de respecter les mandats d’incorporation de carburants d’aviation durables, sachant que les ressources pour les produire sont limitées, des politiques de maîtrise de la demande sont nécessaires, combinant des mesures sur le prix, sur l’offre aérienne et sur les offres alternatives ».
Car le défi est de taille : pour atteindre le rythme de réduction des émissions liées au transport nécessaire en 2026, la baisse devra être 2,4 fois plus grande que celle observée en 2025.
Enfin, il appelle à supprimer les niches fiscales brunes pour faire face « aux avantages fiscaux et au très faible taux de couverture des externalités du secteur aérien », l’Aviation commerciale bénéficiant de l’absence totale de taxe sur le kérosène pour les vols internationaux et domestiques, ainsi que d’un taux de TVA réduit à 10 % (voire 0 % à l’international) sur les billets d’avion.
Malheureusement, sous la pression du lobby aérien, il semble que le gouvernement prenne la direction radicalement opposée à ces recommandations de bon sens. Comme le souligne le rapport du HCC: « la taxe sur les billets d’avion (TSBA) a été fortement réduite sur les lignes soumises à une obligation de service public (OSP), soit plus d’une vingtaine de lignes. Elle avait été augmentée en 2025 pour réduire les avantages fiscaux du secteur aérien et augmenter le taux de couverture des externalités, cela constitue donc un recul dans l’action climatique et rajoute encore de l’instabilité dans l’action publique. […] En outre, de nouvelles lignes aériennes ont été ouvertes avec des subventions publiques, dont une ayant vu la liaison en train de nuit arrêtée suite à la baisse des subventions (Strasbourg-Munich) ». Ce qui amène le HCC à noter que : « Les objectifs de la planification écologique ont besoin d’être partagés par l’ensemble de l’administration et du secteur privé, en particulier ceux limitant la croissance du trafic aérien. » car « La sobriété n’est pas pleinement intégrée dans les politiques publiques de mobilité longue distance, avec peu de mesures structurelles ».
La conclusion est claire :
« L’ensemble du secteur aérien n’est pas couvert par des instruments de politiques publiques efficaces ».
L’irresponsabilité avérée du secteur aérien devrait inciter les pouvoirs publics à mettre fin à son impunité face aux « dangers climatiques » auxquels la France et ses habitants doivent faire face.
(Synthèse du rapport du HCC rédigée par Christophe Body pour l’UFCNA)
Le rapport du HCC
« Dangers climatiques : la France face à ses responsabilités ». Lire le rapport HCC, 09.07.2026
Canicule : pour ces riverains d’aérodromes, « le ciel ne peut plus être un espace d’exception »
En Deux-Sèvres comme ailleurs, des associations de riverains d’aérodromes et de défense de l’environnement regrettent l’absence de restrictions imposées à l’aviation générale en cette période de canicule.
Le Courrier de l’Ouest, 20.06.26
Changement climatique : des élus irresponsables font la promotion du transport aérien